Nutrition au Vendée Globe. On décrypte pour vous l’art de se nourrir en haute mer
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Nutrition au Vendée Globe. On décrypte pour vous l’art de se nourrir en haute mer

Nutrition en haute mer : Décrypter l’art de se nourrir dans l’extrême

Le Vendée Globe. Trois mots qui évoquent l’exploit, l’isolement et la démesure. Une odyssée moderne où chaque marin est livré à lui-même, sans escale, sans assistance, dans un duel intime contre les éléments et contre lui-même. Si l’aventure fascine, elle impose une discipline rigoureuse, où chaque détail est optimisé. Or, parmi ces détails, un aspect souvent sous-estimé se révèle pourtant capital : l’alimentation.

Manger en mer n’est pas un acte anodin. Ici, il ne s’agit pas simplement de s’alimenter, mais d’anticiper, d’adapter, de survivre. En haute mer, chaque calorie ingérée, chaque gramme embarqué, chaque aliment sélectionné répond à une stratégie mûrement réfléchie. Entre contraintes logistiques, défis environnementaux et impératifs physiologiques, la nutrition devient un levier de performance autant qu’un enjeu de résilience. Comment s’alimenter efficacement quand l’espace est compté, que la fatigue guette et que la moindre baisse d’énergie peut avoir des conséquences dramatiques ? Comment préserver son équilibre digestif lorsqu’on navigue dans un univers hostile où les variations thermiques et l’humidité menacent l’intégrité des provisions ?

 

1. L'alimentation sous contrainte : science de la prévoyance et du pragmatisme

 

1.1. Planification et anticipation : l’alimentation, un défi bien avant le départ

Contrairement à un athlète classique, le marin du Vendée Globe ne peut ajuster son régime au jour le jour. Chaque repas doit être planifié méticuleusement, souvent plusieurs mois avant le départ. La moindre erreur dans ce domaine pourrait compromettre l’ensemble de l’aventure, impactant directement la capacité physique et mentale du skipper. Chaque aliment choisi répond à une logique très stricte :

Densité énergétique optimale : Privilégier des aliments très caloriques (oléagineux, huiles, barres énergétiques, pâtes concentrées), permettant de limiter le poids et le volume embarqué.
Conservation maîtrisée : En mer, pas de réfrigération. La majorité des aliments doivent être lyophilisés, déshydratés ou sous vide, afin de résister durablement aux conditions extrêmes d’humidité et de température.
Praticité avant tout : Chaque repas doit pouvoir être préparé rapidement et simplement. En pleine tempête, il est vital d’avoir des repas faciles à réhydrater ou à consommer immédiatement, sans cuisiner réellement.
Éviter la lassitude alimentaire : Pour maintenir l'appétit sur plusieurs mois, les skippers prévoient une rotation précise des saveurs et des textures, intégrant des plats variés, des douceurs réconfortantes et des aliments faciles à consommer même en cas de mal de mer.

 

1.2. Quand l’environnement dicte ses lois : adaptation nutritionnelle aux conditions extrêmes

La course au large impose de réagir en permanence aux contraintes physiques imposées par l’environnement. Selon la latitude traversée, les besoins physiologiques évoluent radicalement. La nutrition devient alors une variable adaptative essentielle :

Affronter le froid intense : Dans les mers australes, les marins font face à des températures glaciales et des conditions extrêmes. La réponse nutritionnelle implique une augmentation considérable des apports lipidiques (graisses saines comme huiles, beurre clarifié, noix) pour générer suffisamment de chaleur corporelle et résister à l’hypothermie.
Gérer chaleur et humidité extrêmes : Dans les zones équatoriales, l’hydratation prime. Les navigateurs doivent constamment réguler leur apport hydrique et électrolytique (magnésium, potassium, sodium), consommant des aliments légers, faciles à digérer, pour éviter la déshydratation et les troubles digestifs liés à l’humidité ambiante.
L’impact omniprésent du sel : Le sel marin présent partout attaque les emballages, accélère la détérioration des aliments et complique leur conservation. Sa consommation excessive involontaire peut provoquer de la rétention d’eau, une fatigue chronique et perturber la digestion. Une vigilance nutritionnelle est donc primordiale.
Préserver son microbiote en milieu hostile : L’absence de diversité alimentaire et l’omniprésence d’aliments lyophilisés peuvent fragiliser considérablement la flore intestinale. Certains skippers incluent des probiotiques spécifiques, des algues séchées ou des préparations fermentées pour préserver leur équilibre digestif et immunitaire tout au long de la traversée.

 

2. Dans l'assiette des skippers du Vendée Globe

 

2.1. Les aliments embarqués : entre performance et pragmatisme

En haute mer, la nourriture embarquée doit avant tout répondre à une double exigence : être performante d’un point de vue nutritionnel et pragmatique d’un point de vue logistique. Dans l’espace réduit d’un bateau de course, les aliments sont sélectionnés avec rigueur pour optimiser chaque centimètre carré disponible et chaque gramme transporté. C’est pourquoi le lyophilisé constitue aujourd’hui la colonne vertébrale de la nutrition embarquée sur le Vendée Globe.

Issus initialement des recherches spatiales, les plats lyophilisés offrent une densité énergétique élevée, une excellente durée de conservation et une simplicité de préparation essentielle dans un environnement hostile. Pourtant, malgré leurs nombreux avantages pratiques, ces repas présentent également des limites évidentes en termes gustatifs et sensoriels. La monotonie alimentaire, la texture souvent granuleuse et le manque de variété gustative peuvent progressivement éroder l’envie de s’alimenter.

Pour contrer cette lassitude, les navigateurs ajoutent fréquemment à leur ration des aliments complémentaires très appréciés, qui apportent confort psychologique et valeur nutritive additionnelle :

Fruits secs et noix : faciles à stocker, riches en calories et en nutriments essentiels (lipides, magnésium, fer).
Viandes et poissons séchés : précieuses sources de protéines de haute qualité pour préserver la masse musculaire.
Soupes instantanées : réconfortantes, hydratantes et pratiques à consommer dans les mers froides.
Purées d’oléagineux (amandes, noisettes) : véritables concentrés d'énergie, faciles à consommer en petites quantités, même en pleine manœuvre.

 

2.2. Sponsoring et réalité alimentaire : que mangent réellement les marins ?

Voir un skipper du Vendée Globe afficher en pleine course des produits alimentaires d’un sponsor de renom semble être une preuve d’usage régulier. Pourtant, derrière ces images médiatiques se cache souvent une réalité beaucoup plus nuancée. La question mérite d'être posée : ces produits sont-ils réellement consommés à bord en quantités significatives ou servent-ils principalement de vitrine marketing pour les entreprises sponsors ?

Un cas emblématique est celui de Sodebo, sponsor historique de nombreux navigateurs. Bien que leurs plats préparés soient mis en avant dans la communication, leur composition nutritionnelle soulève des interrogations : souvent riches en conservateurs, en sucres et en graisses saturées, ces produits ne répondent pas parfaitement aux besoins nutritionnels spécifiques exigés par l’environnement du Vendée Globe.

Ainsi, plusieurs marins développent en parallèle une stratégie nutritionnelle beaucoup plus pointue, optimisée et pensée spécifiquement pour leurs besoins physiologiques réels. Il s'agit souvent de solutions alimentaires conçues sur mesure en collaboration avec des nutritionnistes spécialisés :

Plats lyophilisés sur mesure : formulations adaptées aux besoins nutritionnels précis du marin (ratio protéines-glucides-lipides, micronutriments, digestibilité).
Recettes artisanales déshydratées : plats conçus par les navigateurs eux-mêmes, riches en saveur et en diversité nutritionnelle, permettant un contrôle total sur leur composition.
Complémentation spécifique : apports en micronutriments essentiels (oméga-3, vitamines, minéraux) choisis pour leur qualité d’assimilation et leur effet bénéfique avéré sur la santé et la performance à long terme.

La réalité, souvent méconnue du public, est donc bien plus complexe. Certes, les produits sponsorisés peuvent être présents à bord pour des raisons contractuelles, mais leur usage régulier et massif relève davantage de l’image que de la réalité physiologique. La majorité des skippers adoptent en réalité une approche nutritionnelle très personnalisée, axée avant tout sur la performance, la préservation de leur santé et leur capacité à endurer les rigueurs extrêmes du Vendée Globe.

3. Complémentation et stratégies d’optimisation : au-delà de l’alimentation brute

 

3.1. L’optimisation micronutritionnelle : des besoins spécifiques en mer

Si l’alimentation constitue la base de la performance du skipper, les contraintes extrêmes imposées par le Vendée Globe nécessitent souvent une complémentation nutritionnelle ciblée. Cette complémentation vise à combler des besoins micronutritionnels spécifiques difficiles à satisfaire pleinement par les repas embarqués, même parfaitement préparés. Parmi les compléments les plus couramment utilisés par les marins en haute mer, on retrouve notamment :

Les Oméga-3 : anti-inflammatoires puissants qui limitent l’inflammation liée aux efforts répétés et aux conditions météorologiques sévères, améliorant également les fonctions cognitives.
Le Magnésium : essentiel pour prévenir les crampes musculaires, gérer le stress et assurer une récupération optimale, souvent difficile à obtenir par l'alimentation embarquée.
Les Probiotiques : indispensables pour préserver l’intégrité du microbiote intestinal, souvent perturbé par une alimentation monotone et des conditions de vie extrêmes.
La Vitamine D : particulièrement utile lorsque l’exposition au soleil est limitée, ce qui est courant dans les zones australes où les marins passent plusieurs semaines sans lumière solaire directe.

Ainsi, loin d’être un confort optionnel, la complémentation nutritionnelle en haute mer représente un véritable pilier stratégique, permettant de maintenir l’équilibre physique et mental indispensable à la réussite de cette aventure extrême.

 

3.2. Adaptation en mer : ajustements nutritionnels permanents

Même avec la planification la plus précise, chaque skipper est confronté à des imprévus physiologiques durant les semaines en mer. La fatigue accumulée, les périodes prolongées de mauvais temps ou encore les changements brutaux de température influencent directement les habitudes alimentaires. Les skippers doivent donc constamment ajuster leur stratégie nutritionnelle :

Réduction de l’appétit : face au stress et à l’épuisement, les navigateurs privilégient souvent des boissons énergétiques ou des purées protéinées faciles à ingérer, assurant un apport énergétique minimal sans difficulté digestive.
Variations climatiques : en fonction des régions traversées, les navigateurs modifient leur apport alimentaire. Plus de lipides dans le froid extrême, davantage d’hydratation et de glucides rapides sous les tropiques.
Gestion de l’équilibre digestif : la prise régulière de compléments probiotiques et prébiotiques permet de maintenir une bonne digestion malgré les changements d’alimentation et la monotonie alimentaire.

Ces ajustements constants, réalisés en temps réel selon les sensations et les conditions rencontrées, garantissent aux marins un équilibre fragile mais vital, leur permettant d’aller jusqu’au bout de cette épreuve physique et mentale sans équivalent.

 

Conclusion : la nutrition, science de l’adaptation en milieu extrême

L’aventure unique du Vendée Globe révèle à quel point l’alimentation est loin d’être une simple affaire de calories ou de goûts. En haute mer, se nourrir devient un acte stratégique complexe, nécessitant anticipation, pragmatisme et adaptation permanente aux contraintes du milieu. Chaque skipper doit composer avec des ressources limitées, des contraintes physiologiques et logistiques importantes, et adapter constamment son approche nutritionnelle.

Mais cette réalité dépasse largement le cadre de la course au large. Cette nécessité d'adaptation permanente se retrouve dans toutes les activités humaines confrontées à des environnements extrêmes ou contraignants. Que ce soit lors d’un ultra-trail, d’une randonnée en semi-autonomie, ou d’une expédition en montagne, l’alimentation impose toujours la même exigence : optimiser les ressources disponibles, anticiper les besoins physiologiques, et adapter ses choix nutritionnels à un milieu en perpétuel changement.

Finalement, le Vendée Globe nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : la nutrition n’est pas une science figée, mais un art de l'adaptation permanente, une faculté à anticiper, à comprendre, à réagir face à l’imprévu. Et cette leçon précieuse s’applique bien au-delà de la navigation en solitaire, à tous ceux qui, un jour, choisissent de quitter leur zone de confort pour aller plus loin, plus longtemps, plus intensément.

Posté le 14/03/2025 par Arnaud Welti 0

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